Ils vont tuer Robert Kennedy - Librairie Stephan

Infos Techniques

Auteur:
Marc Dugain
Éditeur:
GALLIMARD
Parution:
2017
Format:
Book
Pages:
400
ISBN-10:
2072697107
ISBN-13:
9782072697104

Résumé

Depuis mon retour de vacances, j’en suis à mon onzième. Onze romans de la rentrée littéraire. Un plus particulièrement m’a questionnée, enthousiasmée, emportée : le dernier Marc Dugain. Et pourtant, j’ai eu comme une appréhension lorsque je l’ai commencé. Parce que sa dernière trilogie politico-française m’avait lassée, quand ses premiers romans (La chambre des officiers, La malédiction d’Edgar en particulier) m’avaient épatée.  C’était tout simplement brillant, je classais Dugain dans le top 5 de mes auteurs français préférés, et avalais tout ce qu’il publiait. Alors oui, j’ai comme redouté d’entrer dans cette nouvelle lecture. J’avais tort.

C’est éblouissant. Ils vont tuer Robert Kennedy, est l’aboutissement de son travail de romancier (20 ans se sont écoulés depuis la publication du premier ): on retrouve la finesse de l’analyse pour questionner sans relâche la psychologie des hommes (Bobby héros tragique connaît le sort qui lui est réservé, assume le destin familial, partagé entre une ambition démesurée et le devoir à accomplir), la maîtrise parfaite du sujet historique (L’Amérique des Kennedy est l’obsession de Marc Dugain, le roman foisonne notamment d’informations qui anéantissent les conclusions du rapport Warren ), et surtout, la dimension romanesque du récit, où comment Dugain joue les marionnettistes pour faire entrer la petite histoire dans la grande. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Raconter la tragédie de Bobby, à travers, trente ans plus tard, celle d’un homme (universitaire assez médiocre), persuadé que la mort de ses parents ( morts suicidés ?), est liée à l’assassinat du président. C’est donc un thriller politique qui se joue sur deux partitions musicales distinctes, deux époques qui n’en finissent pas de se télescoper, pour mieux s’interroger dans un jeu de miroirs mélancolique et, au final, dire la fin des utopies, la fin d’un rêve pour toute une génération…, à laquelle nous appartenons. Ces événements ont marqué notre histoire "collective" d'un bout à l'autre de l'Atlantique. Qui ne se souvient pas du tailleur rose de Jacky à Dallas, des images de l’assassinat expéditif du prétendu meurtrier Lee Harvey Oswald, du serment de Johnson dans l’avion qui rapportait la dépouille de JFK, et, un an plus tard en Californie, du meurtre de Bobby au moment où il célébrait la fin de sa campagne pour les primaires démocrates. Enfin, de tous ces américains, perdus, en larmes. On leur avait volé leurs espoirs comme on nous avait volé un rêve. 

Ce roman est puissant par son écriture aiguisée comme une lame quand il faut dénoncer les grandes saloperies du monde, poignante quand le romancier s’invite dans l’intimité de ses personnages illustres ou anonymes, … et machiavélique car faussement paranoïaque pour "manipuler" le lecteur à travers le dédale des Histoires. Dugain est un immense écrivain. Et ce dernier roman confirme son statut dans notre paysage littéraire français. Alors, obtiendra-t-il le Goncourt ? Je pense qu’il s’en fout, et il a raison de s’en foutre. Mais moi, je lui donnerai, il serait temps...